Lors de notre séjour à Markala nous sommes allés visiter un ancien prieuré car nous sommes à la recherche d'un bâtiment succeptible d'être transformé en centre
d'accueil touristique.
Nous avons été reçus par le gardien qui nous fit visiter les lieux.
Dans la cour un il avait un enfant d'une dizaine d'années, nu comme un ver, assis par terre devant une gamelle.
Cette nudité nous surprit car même dans les coins les plus reculés, il y a longtemps que les Maliens ne vivent plus nus.
Il se portait bien, ne souffrait d'aucun handicap ni de malnutrition mais son comportement nous surprit lorsqu'il sauta dans les bras de Françoise, non pas comme un gosse qui cherche un
quelconque câlin mais plutôt à la manière d'un singe.
C'est alors qu'on nous raconta son histoire.
Il avait trois ans lorsqu'il disparut de chez lui. Pendant les trois années suivantes plus personne n'eût de nouvelles. Etait il tombé dans un puits ? S'était il perdu en brousse ? Nul ne pouvait
répondre et ses parents firent leur deuil.
Cependant un jour il réapparut, ayant perdu toute forme de sociabilité, l'usage de la parole et marchant à quatre pattes.
Comment avait il survécu trois années dans cette région où il est si difficile de tirer sa subsistance d'un sol ingrat ? Comment a t il résisté aux saisons sèches où la population doit tirer son
eau du Niger car les puits sont à sec ? Comment a t il vécu pendant les saisons des pluies où les violents orages ravagent tout et rendent la vie difficile ? A t il été pris en charge par des
animaux?
Mais quels animaux ?
Nul ne peut répondre à cette question.
Pas même lui qui, quatre ans après sa réapparition n'est capable de communiquer avec ses semblables.
On peut fantasmer sur "L'enfant Sauvage" de Truffaut, sur Mowgli élevé par des singes, sur Romus et Romulus élevés par la louve, sur Tarzan pris en charge par les animaux de la brousse, mais là,
au Mali nul loup, singe ou autre animal succeptible de prendre sous son aile un petit d'homme perdu.
Ses parents le récupérèrent et le nourrissent depuis tel un animal de compagnie.
Que faire d'autre ?
Lorsque je retournerais à Markala j'essaierai de savoir ce qu'il devient.
Par Tonton Bamako
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